Hypnose : applications en anesthésie
Intérêts pour les IADE

 

Dr Philippe Rault
Intervention réalisée le 31/03/03
Ecole d'IADE de Rennes
Elèves des 1° et 2° années
Mis en ligne en avril 2003

 

Les différents états de conscience
1 - L'état de conscience commun

Une salle de réveil de 6 lits quelque part en Bretagne (au hasard ;-))
Vous avez pris votre service ce matin, 4 patients sont sous votre responsabilité :
M. A, coronarien qui vient de bénéficier d'une cholécystectomie sous AG, Mme B, hypertendue qui sort de salle pour un stripping sous rachianesthésie, l'enfant C, sorti de salle il y a une heure après amygdalectomie et M. D., porteur d'un BAV III sous perfusion d'Isuprel qui doit se faire poser un stimulateur cardiaque.
Sous vos yeux les moniteurs affichent les tracés, les bips se croisent, se superposent, mais en même temps vous savez bien quel bip appartient à quel patient. Le téléphone sonne, le labo vous communique le ionogramme de Mme B. L'aide-soignant de salle de réveil s'approche pour vous indiquer que M. A. présente une douleur thoracique. L'anesthésiste vient vous voir pour vous demander des nouvelles de l'enfant C.
L'état de vigilance commun vous permet, par l'intermédiaire de vos sens, d'être en relation avec votre environnement proche et de vous y adapter de façon optimale et d'être par conséquent un professionnel vigilent et compétent. Il vous permet aussi de maintenir votre équilibre interne et d'être à l'écoute de votre corps.

2 - L'état de concentration
Tout à coup, une alarme retenti, un rapide coup d'oeil sur les moniteurs et vous remarquez le scope de M. D. qui montre une bradycardie à 15/mn suivie d'une asystolie. M. D. perd alors conscience : vous faites appeler l'anesthésiste, vous sortez le plateau d'intubation, commencez le massage cardiaque.
Votre attention est focalisée sur le cas de M. D, le temps passe très vite, vous sentez toutes vos capacités mobilisées pour ce patient, vos gestes sont précis.
10 minutes plus tard, vous aidez à l'installation de M. D. en salle technique en pensant aux patients que vous avez laissés momentanément dans la salle de réveil toute proche. Vous avez l'impression d'avoir passé 2 heures au chevet de M. D.

Dans un autre contexte, la focalisation de l'attention que vous venez de vivre, pourrait être dirigée vers un événement externe (travail, conversation, lecture) ou vers votre monde intérieur (souvenir, pensée) comme cela arrive à de nombreuses reprises au cours d'une journée.
On peut appeler cet état de concentration plus ou moins intense le nom d'état hypnotique commun ou transe hypnotique.


La transe hypnotique induite
Cet état hypnotique peut être généré par un thérapeute sur demande d'un patient dans un but préalablement définit : c'est ce que l'on appelle l'hypnose médicale.
L'intérêt de générer un tel état c'est qu'il s'accompagne de propriétés spécifiques dont 3 présentent un intérêt lors des soins aux patients.

1 - Distorsion du temps
Pendant la transe, la notion du temps qui passe disparaît. C'est ce qui est recherché lors d'une sédation en salle de soins ou d'une narcose au bloc opératoire. C'est également un élément intéressant pour le patient particulièrement anxieux qui bénéficie d'un geste sous anesthésie locale ou loco-régionale.

2 - Modification des perceptions douloureuses
L'état de transe hypnotique s'accompagne d'une modification de la douleur : la douleur n'est pas vécue comme à l'état de veille.Ainsi, en interrogeant les patients à la fin d'examen douloureux comme une colonoscopie, les évènements nociceptifs sont plus analysés comme un inconfort que comme une douleur. De nombreux patients indiquent n'avoir rien ressenti : on peut donc obtenir une analgésie grâce à la transe hypnotique sans qu'il soit question de rivaliser avec les antalgiques majeurs.

3 - Modifications du tonus musculaire
Une certaine hypotonie est observée ou une immobilité intéressante lors d'un pansement ou de la pose d'une voie veineuse. On observe très facilement une immobilité intéressante lors d'une loco-régionale.

On peut donc indiquer que la transe hypnotique est variation sur le thème de la sédation chimique, sédation physiologique générée par le patient. C'est ce qui nous permet de l'envisager comme technique alternative lors des soins aux patients.


Comment induire l'état de transe hypnotique ?
La capacité d'accéder à l'état de transe hypnotique est une faculté que chacun d'entre nous possède.
Il s'agit pour le thérapeute d'en faciliter l'émergence pour pouvoir en faire bénéficier le patient.
La transe hypnotique est induite par un thérapeute comme un anesthésiste induit une anesthésie générale. Mais là où ce dernier utilise des produits chimiques, l'hypnothérapeute utilise des mots et son corps pour communiquer avec son patient.

1 - Le canal verbal
Concerne le choix des mots et expressions employées: ainsi avant de poser une perfusion on pourra dire "n'ayez pas peur, je vais vous piquer, vous n'allez pas avoir mal". Si l'on se demande ce que va retenir le patient de cette courte phrase, les mots-clefs sont peur, piquer, mal. Il est aisé d'imaginer dans quel état d'esprit se trouve le patient. On préfèrera une phrase comme "je vais poser une perfusion, vous allez ressentir une douleur brève au niveau de votre main". Cela est bien sûr plus long mais est en accord avec le vécu du patient et renforce ainsi le sentiment de confiance indispensable à une relation de qualité. Dans le même ordre d'idée on évitera des phrases comme "quel bazar sur ce chariot" ou "le scope est encore détraqué" qui ne procurent pas un sentiment de sécurité.

2 - Le canal non verbal
Concerne d'une part la manière d'exprimer les mots : l'intonation de la voix, l'expression du visage, le rythme discours. Un discours posé peut influencer favorablement un patient anxieux.
Il fait d'autre part référence à nos attitudes et nos comportements ainsi qu'à notre manière de nous déplacer. Une ambiance agitée dans une salle de réveil ou dans une salle d'opération remplie de personnes allant et venant en tous sens, s'apostrophant d'une porte à l'autre n'incitent ni à la sérénité ni au calme. Comment dans ces conditions pouvons nous demander à nos patients de "rester calme".

3 - la congruence
La relation hypnotique fait appel à ces 2 principaux canaux de communication en insistant sur leur homogénéité, leur
congruence. "Il n'y a pas moins d'éloquence dans le ton de la voix et dans l'air de la personne que dans le choix des paroles" La Rochefoucauld.
D'une manière générale (mais pas toujours), l'accompagnement d'un patient fait appel à des souvenirs agréables comme une promenade (mer, montagne, campagne), une expérience sportive (plongée, parachutisme), un voyage.
Le thérapeute doit avoir de l'imagination mais également ne pas donner trop de détails qui risqueraient de ne pas "coller" aux souvenirs du patient : il faut savoir être suffisamment flou.
Il convient d'accepter l'anxiété d'un patient : la nier pourrait l'exacerber. Une phrase comme "je comprends que votre anxiété" fera plus de bien que "n'ayez pas peur, tout va bien se passer".


Les spécificités de l'hypnose au bloc opératoire
Le succès de l'introduction de l'hypnose au bloc opératoire repose principalement sur l'information des intervenants.
1 - Information du patient
Elle est utile dans le cas où l'hypnose fait partie du protocole de prise en charge anesthésique dans le but de bien cerner leur demande et éventuellement redéfinir l'hypnose thérapeutique. Le patient doit être motivé, confiant dans le thérapeute.
Dans le cas où l'hypnose serait employée comme technique d'appoint pour ses vertus anxiolytiques et relaxantes, cette information est inutile.

2 - Les intervenants du bloc opératoire
Ils doivent doivent adhérer au projet qui devrait être exposé lors d'une réunion préparatoire d'information et de sensibilisation. En son absence, il nous semble que le projet est voué à l'échec.
Il convient de faire prendre conscience à chaque intervenant qu'il est un élément à part entière de l'acte, chacun dans sa fonction spécifique. Ceci constitue alors un lien puissant au sein de l'équipe.


L'IADE et l'hypnose
1 - Applications en anesthésie

11 - L'hypnose fait partie de la stratégie anesthésique et a été décidée en consultation pré-anesthésique.
Les interventions chirurgicales suivantes peuvent être pratiquées en associant un anesthésie locale cutanée et des doses minimes d'analgésique intra-veineux : cholécystectomie, thyroïdectomie, parathyroïdectomie, hernie inguinale, colonoscopies longues, pansements de brûlures. D'autres interventions sont envisageables dès lors qu'un consensus existe au sein de l'équipe chirurgicale.
12 - L'hypnose représente un complément à titre de sédation ou d'anxiolyse lors d'une anesthésie (AG ou ALR), lors d'un accouchement. L'usage des techniques d'hypnose se fait alors "extemporanément".
13 - L'hypnose est également utilisable en SSPI pour l'aide qu'elle peut apporter au contrôle des émotions et/ou de la douleur.

2 - Applications lors des soins
- pansements,
- mobilisation de patients douloureux,
- pose de voie veineuse,
- pose de sondes,
- préparation à un examen douloureux,
- contrôle de l'anxiété avant un examen complémentaire.

3 - Applications en situation de stress
Que ce soit lors des urgences hospitalières ou pré-hospitalières (interventions SMUR), l'hypnose trouve un champ d'application peu développé mais particulièrement intéressant et prometteur.
La transe classique n'a ici pas sa place : comment demander à un patient incarcéré dans son véhicule de penser à une agréable promenade en montagne !!! Il est cependant possible d'être efficace en adaptant certaines techniques de communication à cet environnement particulier.

© Ph Rault - adrenaline112.org/hypnose/