Hypnose éricksonienne et interventions smur


Dr Ph Rault - adrenaline112.org
Mis en ligne en juin 1999
Modifié le 31/12/1999
Modifié en octobre 2000

 

Ce que la transe n'est pas
La transe n'est pas de la relaxation: la relaxation n'est pas fondée sur une dissociation.
La transe n'est pas le sommeil: leurs EEG sont différents.

Ce que la transe est
Etat modifié de conscience de profondeur variable sucité par le thérapeute - phase d'induction - et entretenu par lui. Tout au long de la transe le thérapeute observe le sujet et adapte sa technique aux réactions notées. Il est possible d'obtenir anxiolyse et analgésie.

Hypnose et Samu
C'est sur ces constatations que m'est venue l'idée d'utiliser l'hypnose dans le cadre des transports SMUR: induire un état modifié de conscience pour permettre,
après le conditionnement usuel aux interventions SMUR, d'assurer le transport d'une victime dans les meilleures conditions de confort moral. Les transports inter-hospitaliers (dits secondaires) sont plus propices à l'utilisation de ces techniques pour des raisons de temps, mais je les emploie également lors d'interventions primaires (infarctus, traumatismes de membres par exemple) malgré leur caractère plus anxiogène.

L'induction de la transe
Les techniques d'induction ne sont pas strictement codifiées du fait qu'elles s'adaptent à chaque patient et le sujet de la transe est évoqué avec lui.
Quelques techniques sont décrites ici à titre d'information.
Adapter le ton de sa voix
L'intensité baisse, la voix devient monocorde, insérer des pauses dans le discours ce qui permet au patient de se concentrer en lui.
Adapter le rythme de discours à la respiation du patient
Parler sur l'expiration du patient accentue l'attention du patient vers le discours du thérapeute.
Utiliser les comportements du patient
L'utilisation des comportements non verbaux du patient sont décrits à haute voix par le thérapeute et permettent d'instaurer un climat de confiance individualisé.
Utiliser des suggestions
Elles sont indirectes donc plus respectueuses des besoins et des résistances du patient
Utiliser les valeurs du patient
Le thérapeute emploie les goûts et centres d'intérêts du patient pour l'ammener vers des expériences agréables.
Donner des permissions
L'important est de ne pas imposer, de permettre au patient d'utiliser ses propres expériences. Ainsi au lieu de dire au patient "détendez-vous, respirez tranquilement " on préfèrera une phrase du type "lorsque vous le désirerez vous pourrez vous détendre, à votre rythme ".
Utiliser le principe de dissociation
A l'aide de phrase comme "vous pouvez entendre les bruits de l'extérieur et vous concentrer sur ce qui se passe à l'intérieur de vous "

L'entretien de la transe
Fait appel aux même techniques.
Dans cette phase le thérapeute va travailler avec le symptome présenté par le patient.
Dans le cadre du transport SMUR, j'entretiens la transe par l'évocation d'expériences agréables (promenade, visite) choisies avec le patient au cours de la discussion préalable.

Sortie de la transe
Il est très important de guider de façon douce le patient vers "la sortie de la transe". Il convient de vérifier que le patient est de nouveau présent "ici et maintenant".
Enfin le thérapeute interroge le sujet sur les données sensorielles vécues.

Les interventions smur, applications pratiques
Toute altération de la conscience traumatique et/ou médicale ainsi que les états de détresse vitales constituent des contre-indications à la technique.

Les interventions primaires
L'état psychologique du patient-victime, ne lui laisse pas toujours la possiblité d'évoquer des souvenirs agréables et cela se conçoit aisément. Une transe "classique" est dès lors inenvisageable.
Dans ces situations, c'est le comportement du médecin et de l'équipe qui l'entoure qui va pouvoir influencer en mieux (ou moins bien) l'état psychologique du patient.
Il s'agira donc dans ce cas précis
- d'obtenir le maximum de calme dans les mouvements des équipes (comportement non verbal),
- d'éviter les expressions du type "la jambe est explosée" !!, "ça pisse la rage" !!, "le scope déconne encore" !! comme il est parfois habituel d'entendre (comportement verbal),
- d'expliquer au maximum les gestes pratiqués (pose de voie veineuse, mise en place du scope ...).
Il semble en effet que le patient-victime soit dans un état proche d'un état de transe du fait du traumatisme en cours. On note dans cet état particulier une réceptivité acutisée à tous les messages. On comprend dès lors que si ces messages sont perçus comme menaçants ou anxiogènes, l'angoisse se trouvera accrue. Dans le cas inverse, il est possible d'induire un état de confiance et de confort (relatif) favorable pour la victime et secondairement pour l'équipe soignante.

Les interventons secondaires
Dans ce cadre de transport de patients dont l'état clinique est stabilisé, l'utilisation d'une transe "classique" peut se concevoir. Le sujet de la transe sera évoqué au cours de la conversation qui se déroule de façon usuelle dans les camions du SAMU.

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