Hypnose: une nouvelle relation ?
Dr I. Nègre - DAR Bicètre, Paris
Communication au 2° congrès Hypnose et Anesthésie
Mars 2001, Saint Malo - France
Adrén@line112.org
Difficultés de la pratique au bloc opératoire
L'efficacité de l'hypnose en anesthésie ne fait actuellement plus aucun doute. Madame de Faymonville en particulier a largement prouvé l'économie de produits anesthésiques, l'amélioration du confort, la diminution de la douleur et la diminution de la durée de séjour. Néanmoins, si la technique est tentante, les contraintes du bloc opératoire peuvent rendre l'utilisation de l'hypnose difficile. Le bruit, le manque de temps, le stress, la supervision de deux salles par un seul médecin anesthésiste sont des contraintes quotidiennes pour certains d'entre nous. Peut s'y ajouter l'obligation d'enseignement et la délégation à un stagiaire peu expérimenté des gestes techniques ou de l'ensemble de la prise en charge du patient.
Dans ces circonstances, l'hypnose classique, nécessitant la présence continue du médecin auprès du patient peut paraître de réalisation impossible. Toutes ces contraintes ne doivent cependant pas décourager. Moyennant quelques aménagements, une certaine hypnose peut être pratiquée.
Posons le problème autrement
Nous pouvons établir une comparaison avec l'évolution de l'anesthésie loco-régionale (ALR): son apparition il y a 15 ans n'a pas immédiatement convaincu. De nombreux collègues étaient (sont ?) réticents à son utilisation, en raison du délai d'installation, des difficultés techniques, de la facilité comparative de l'anesthésie générale (AG), du risque d'échec. Pourtant, les avantages indéniables de l'ALR dans certaines indications, la diminution de la morbidité péri opératoire ont à présent gagné l'opinion et elle est actuellement pratiquée à peu près partout. Comment s'est passé ce changement ? Quelques pionniers ont débroussaillé le terrain, cerné les indications, inventé des techniques simples, réorganisé le fonctionnement de leur bloc. Il me semble que l'hypnose aujourd'hui se situe dans un contexte similaire. Toutes les contraintes que nous avons exposées plus haut peuvent être des facteurs de transformation vers une hypnose ciblée, adaptée à chaque structure et à chaque praticien, une hypnose réinventée.
Comme pour les excès d'utilisation de l'ALR à ses débuts (j'ai réalisé des oesophages sous double péri cervicale et dorsale - avec sédation, des hystérectomie sous caudale "liftée", et des péri "turbo"), il convient de ne pas s'épuiser à tenter de réaliser "le tout hypnose" et à définir des limites raisonnables à son utilisation. Je vous propose donc quelques objectifs qui, je l'espère, permettront au débat de s'instaurer.
Acceptation de certaines limites
Connaître les limites de la structure
Renoncer à la transe classique idéale
Accepter l'échec
Accepter de ne pas pratiquer pour tous les patients
Connaître les bases des nouvelles théories de la communication (non verbale, verbale, analyse transactionnelle)
Se fixer des objectifs raisonnables:
Anxiolyse
Amélioration des conditions d'induction
Suggestions simples préopératoires et postopératoires (vomissements, douleur).
Adapter la technique à sa propre personnalité
Transformer les contraintes en aides
L'hypnose ericksonnienne contourne et utilise les résistances du patient. Nous pouvons faire de même. Car si le bruit, le manque de temps, le stress, la supervision de deux salles sont gênants pour nous, ils le sont davantage pour le patient et favorisent sa régression et sa dépendance, donc sa facilité à entrer en hypnose. Ils nous aident également à démontrer notre compétence professionnelle, ce qui favorise le transfert (quoi de plus rassurant qu'un médecin calme et sûr de lui dans une atmosphère aussi stressante que le bloc ?).
Conclusions
Ainsi, la pratique prudente et raisonnée limite les risques d'échec, permet d'acquérir une expérience et d'élargir les indications. Elle nous montre de plus que nous pratiquons très souvent de l'hypnose sans le savoir et que cette capacité peut être maîtrisée grâce à une formation. L'amélioration de notre propre capacité naturelle est une découverte enthousiasmante qui peut être mise au service du patient. Ces nouvelles sensations sont très valorisantes pour le soignant, et lui permettent, en particulier, de mieux gérer son stress. En ce sens, l'hypnose est plus qu'une technique, c'est une nouvelle relation.
© I. nègre - Paris
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