Une nouvelle relation patient-soignant
Dr Ph Rault - Adrén@line112.org
Communication au 2° congrès Hypnose et Anesthésie
Mars 2001, Saint Malo - France
Préambule
La relation entre le patient et le thérapeute n'est ni une nouveauté, ni une exclusivité de l'hypnose et notre intention n'est pas de donner ici quelque leçon que ce soit à ce propos. Notre idée est plutôt d'éclairer cette relation sous un jour différent. Cet éclairage est le résultat d'une approche originale principalement élaborée aux Etats Unis dans la seconde moitié du XX° siècle.
Relation médecin-patient et approches thérapeutiques orientées sur la communication
* Les thérapies brèves
Elles sont associées à double réputation: durée racourcie de la thérapie par rapport à la durée traditionnelle de la technique psychanalytique et efficacité, le thérapeute s'attachant à mieux vivre la relation au patient, à mieux communiquer avec lui.
- les thérapies analytiques brèves (Ferenczi, Alexander, Balint) qui s'appuient sur la motivation du patient, le thérapeute est actif et peut "bousculer" son patient et l'aider à prendre conscience de la signification et des motivations inconscientes des ses dires et de ses comportements.
- les théories comportementales et cognitives qui, considérant les troubles comme de mauvais conditionnements, estiment que le traitement consiste à augmenter le nombre de bonnes habitudes en créant ou entretenant un climat relationnel positif.
- la thérapie ericksonienne dans laquelle le thérapeute rencontre les besoins du patient et s'adapte à chacun d'entre eux. Historiquement Erickson a utilisé l'hypnose comme instrument psychothérapeutique. L'accent est mis sur la relation avec le soignant, la participation du patient.
- la thérapie stratégique (Jay Haley) qui invente des solutions et des stratégies efficaces pour chaque type de patient dans chaque contexte. Le thérapeute accepte d'influencer son patient.
* La programmation neuro-linguistique
J. Grinder et R. Bandler ont fondé leur théorie en grande partie par l'analyse de la pratique de M.H. Erickson introduisant les notions de comportement verbal, non verbal et paraverbal.
* La gestalt-thérapie (F.Perls)
Théorie qui nous indique que la manière dont se font les échanges est aussi importante que l'échange lui-même.
Le travail thérapeutique porte en particulier sur la façon dont le patient entre en relation et sur les résistances qui viennent l'entraver.
* Les thérapies systémiques
Sont nées des travaux de l'Ecole de Palo Alto dont l'anthropologue G. Bateson a été l'un des membres éminents et un proche de M.H. Erickson. Dans l'approche systémique, la communication inter-personnelle est un système dont le fonctionnement est étudié.
Les principes suivants guident la démarche:
- approche constructiviste: chaque personne construit sa vision du monde,
- la révélation du passé n'est pas la clef du problème du patient,
- principe d'interaction,
- démarche stratégique et active du thérapeute,
- principe d'homéostasie.
* L'approche centrée sur la personne de C. Rogers
Ce grand psychiatre nous livre que "c'est pour moi un enrichissement que d'ouvrir des voies de communication qui permettent aux autres de ma faire part de leurs sentiments et de leur univers tel qu'ils le perçoivent". Le but de la thérapie est d'établir la congruence chez le patient, c'est à dire la coïncidence entre le vécu interne de la personne, la conscience qu'il en a et l'expression qu'il en donne.
Communication et hypnose éricksonienne
Erickson accorde une place importante à l'inconscient entendu comme un réservoir de ressources et utilise l'hypnose comme moyen d'entrer en contact avec lui. La communication est la substance même de l'hypnose, de nombreuses techniques ericksoniennes plongent leurs racines dans les théories modernes de la communication. Communiquer c'est mettre en commun, être en relation et rendre possible les relations caractéristiques de l'hypnose (notion de bio-feedback).
Mais comme le souligne G. Bateson, nous ignorons beaucoup de la manière dont nous élaborons nos messages, dont nous décodons et comprenons les messages d'autrui. Nous ne maitrisons pas toujours les signaux comportementaux par lesquels nous échangeons de l'information avec notre environnement.
La relation hypnotique n'est pas une relation hasardeuse, la communication hypnotique est une manière d'organiser le langage en testant sa congruence c'est à dire en observant les réponses, les réactions du patients: ces réactions concernent non seulement les propos mais également et surtout les gestes, mimiques et signaux corporels inconscients.
Canaux de la communication
Le langage verbal ou digital combine différents éléments du message (digits ou unités ou bits) pour élaborer un message et situer ses éléments dans le temps et l'espace.
Le langage analogique permet d'enrichir le langage verbal, d'introduire les éléments affectifs, émotionnels dans la relation. On distingue la composante dite paraverbale qui concerne les modulations de la voix, le rythme du discours et la composante non verbale qui concerne les gestes, mimiques et postures qui complètent le discours.
Au cours de la communication ces différents canaux interagissent et une communication de qualité repose sur l'adaquation de ces différents canaux, sur leur congruence: dire "je souffre" en affichant une mine réjouie n'est pas congruent, dire "oui" en faisant non de la tête n'est pas non plus congruent.
Tout échange de communication peut aussi être analysé en terme de symétrie ou de complémentarité: l'interaction symétrique vers le haut peut conduire à l'affrontement: escalade symétrique.
La relation patient - soignant
Le thérapeute "classique"
La relation s'inscrit dans une relation symétrique, le docteur (celui qui sait) se place généralement en position haute tandisque le patient se retrouve en position basse: le docteur détient la solution, matérialisée par l'ordonnance, l'ordre donné au patient de se plier au traitement que parfois il ne comprend ni ne maitrise. La relation de dépendance instaurée (dans les deux sens) consolide la relation symétrique.
Le thérapeute éricksonien
L'interaction patient-soignant est basée sur le désir partagé de mener à bien un projet thérapeutique: l'un mène l'autre mais avec son adhésion et sa complicité: il s'agit d'une alliance thérapeutique qui dépend principalement de la qualité d'attention offerte par le thérapeute au patient et du respect qu'il lui témoigne. Il s'agit d'établir un climat de confiance et de sécurité, laissant augurer d'une relation déjà thérapeutique et de laisse le patient définir son monde. Dans cette optique la consultation préhypnose ne s'intéresse que peu au symptôme qui motive la consultation. L'interrogatoire tel qu'on le conçoit traditionellement laisse la place à un dialogue qui permet au thérapeute de connaître son patient de l'intérieur: enfance, adolescence, passions.
Le thérapeute s'attache également à repérer les canaux sensoriels préférentiels du patient: visuel, kinesthésique, auditif ...pour mieux s'imprégner de son image du monde.
La grammaire de l'hypnose
* utiliser des suggestions indirectes, simples, faciles à suivre
- l'allusion destinée à favoriser les associations psychiques: évoquer l'air du large pour mieux faire respirer un patient angoissé,
- le questionnement: "je me demande à quel moment vous ressentirez un picotment dans les mains"
- l'alternative illusoire: préférez vous entrer en transe maintenant ou plus tard,
- le saupoudrage
* utiliser le langage du patient, sans moquerie,
* utiliser le temps présent et les tournures affirmatives, valorisantes,
* rester flou,
* utiliser le canal sensoriel préférentiel du patient pour se synchroniser puis passe à un autre canal pour dissocier
* dissocier: pendant qu'une partie de vous m'écoute, une autre partie... inconsciente peut m'entendre d'une autre façon,
* ratifier,
* utiliser des mots de liaison: vous êtes entrain de m'écouter et tout en m'écoutant vous prenez conscience de votre respiration,
* adapter le son de sa voix,
* adapter le rythme du discours sur le rythme respiratoire du patient.
Conclusion
Toutes les théories évoquées ici montrent que la relation patient-thérapeute est sujette à de multiples approches qui ne s'excluent pas mais viennent enrichir les possibles pour une prise en charge adaptée à chaque thérapeute et à chaque patient.
L'hypnose nous montre que nous pouvons influencer de façon importante le comportement de nos patients. Cette influence ne peut se séparer du but thérapeutique commun au couple patient-soignant qui rend la démarche éthique. L'hypnothérapeute et son patient marchent tous deux vers le sommet comme un guide et son compagnon de randonnée: c'est le randonneur qui atteint le sommet avec l'aide du guide qui sans cesse adapte sa pratique à l'observation de son compagnon.
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