Bienfaits à long terme de lhypnothérapie
dans le syndrome du côlon irritable
Isabelle Marc, MD, M.Sc.
Gonsalkorale WM, Miller V, Afzal A, Whorwell PJ.
Long term benefits of hypnotherapy for irritable bowel syndrome.
Gut, nov 2003 ; 52 : 1623-9.
Lien web de référence
Objectif
Certaines données probantes montrent quun traitement par lhypnose peut réduire les symptômes du côlon irritable à court terme. La présente étude a pour but de déterminer si les bienfaits de la thérapie par lhypnose persistent à long terme.
Conception
Étude de cohorte prospective.
Contexte
Département de médecine, Hôpital universitaire de Manchester-Sud, Royaume-Uni.
Participants
204 patients souffrant du syndrome du côlon irritable ont rempli des questionnaires évaluant leurs symptômes gastro-intestinaux et généraux, leur qualité de vie, leur niveau danxiété et de dépression avant, immédiatement après et jusquà cinq ans après lhypnothérapie. Le côlon irritable était défini comme la présence de douleur et de distension abdominales associées à un transit intestinal perturbé sans anomalie hématologique, biochimique et sigmoïdienne. Tous les patients avaient été préalablement évalués par un gastroentérologue.
Interventions
Le traitement consistait en 12 séances hebdomadaires dune heure dhypnose. Chaque séance comportait une induction classique de létat hypnotique suivie de suggestions de renforcement de la confiance en soi et de suggestions spécifiquement orientées sur le contrôle de la fonction intestinale et utilisant le transfert dune sensation de chaleur par visualisation et par les mains.
Principales mesures de résultats
Les patients qui avaient suivi un traitement par hypnothérapie au moins un an auparavant et pendant jusquà cinq ans ont reçu par la poste une série de questionnaires quils devaient remplir et renvoyer. Avant leur traitement et immédiatement après, tous ces patients avaient également rempli le même questionnaire évaluant sur une échelle visuelle analogue les symptômes coliques et extracoliques du syndrome du côlon irritable. Leur niveau danxiété et de dépression avait été mesuré par le questionnaire HAD (Hospital Anxiety and Depression).
Le statut de répondeurs à lhypnose était défini rétrospectivement par les patients à laide dun questionnaire spécifique rempli lors du suivi. Cette distinction (bon ou mauvais répondeur) est établie en fonction dun score defficacité subjective de lhypnose sur les symptômes du sujet, la consommation de soins et le besoin en médicaments à la fin du traitement par lhypnose.
Résultats
Sur les 273 questionnaires envoyés, 204 ont été retournés (75 %). Les patients se répartissaient également en fonction du temps écoulé depuis la fin du traitement et la réception du questionnaire de suivi. Sur 204 patients, 71 % ont rapporté une amélioration importante ou modérée de leurs symptômes à la fin du traitement et ont donc été classés comme ayant bien répondu à la thérapie par lhypnose. Parmi eux, 81 % ont maintenu leur amélioration dans le temps suivant le traitement par lhypnose : le score global des symptômes du côlon irritable chez les bons répondeurs est passé en moyenne de 312,2 ± 7,4 (en préhypnose) à 173,7 ± 8,0 (au suivi). Parmi ceux qui ont noté une légère détérioration de leurs symptômes au suivi, les scores de symptômes ont néanmoins toujours été significativement améliorés par rapport au niveau préhypnothérapie. Bien quayant tendance à se détériorer avec le temps, la qualité de vie et les niveaux danxiété et de dépression restent significativement améliorés au suivi chez les bons répondeurs. Enfin, on note une consommation moindre de médicaments (antispasmodiques, psychotropes) et un moins grand nombre de consultations médicales lors du suivi après le traitement par lhypnose.
Conclusion
Les chercheurs concluent sur les effets bénéfiques et durables de la thérapie par lhypnose sur une période de cinq ans pour les patients souffrant du syndrome du côlon irritable.
Commentaires
La douleur viscérale autre quorganique (cest-à-dire une douleur fonctionnelle) telle que perçue dans le syndrome du côlon irritable répond mal au traitement classique, bien que certains relaxants du muscle lisse aient montré une certaine utilité, de même que certains psychotropes. Si le syndrome du côlon irritable peut être une source considérable de douleur et dinconfort, il ne semble pas y avoir de conséquences organiques manifestes au niveau du tractus digestif ni dévolution vers une maladie digestive plus grave (cancer en particulier). Par contre, limpact socioéconomique est important en termes de consommation de soins et de perte de productivité.
Un Américain sur cinq souffre du syndrome du côlon irritable. Les symptômes commencent habituellement autour de 20 ans et semblent plus fréquents chez les femmes que chez les hommes.
Toute intervention susceptible de moduler leffet émotionnel de la douleur perçue ou son intensité et ses caractéristiques a le potentiel dêtre une ressource antalgique utile. Certaines interventions non pharmacologiques ont fait lobjet détudes randomisées afin de vérifier leur efficacité dans les syndromes viscéraux douloureux . Cest le cas de lhypnose 1, de la relaxation, de la psychothérapie cognitive, de la psychothérapie dynamique, de lacupuncture et du biofeedback.
Très récemment, dans une étude randomisée publiée dans The American Journal of Gastroenterology 2, des chercheurs australiens concluaient que, bien que les traitements psychologiques soient considérés comme utiles dans le traitement du côlon irritable, la thérapie cognitive et la relaxation ne semblent pas plus efficaces que les soins standard seuls.
Létude présentée ici fait suite à une étude plus courte déjà publiée 3 par les mêmes auteurs et portant sur les patients souffrant du syndrome du côlon irritable. Les effets bénéfiques avaient été mesurés immédiatement après que les patients eurent terminé leurs séances de traitement. De tels résultats immédiats ont été reproduits sur de petits échantillons par dautres groupes.
Dans la présente étude, le suivi des patients permet de mesurer des effets bénéfiques en ce qui concerne lamélioration des symptômes du côlon irritable jusquà cinq ans après la thérapie par lhypnose. Les scores danxiété et de dépression ainsi que ceux mesurant la qualité de vie, bien que sétant détériorés avec le temps, sont encore, pour la plupart de ces scores, à un meilleur niveau que celui davant la thérapie. De plus, fait intéressant, même chez les non-répondeurs à lhypnothérapie, le traitement a tout de même contribué à diminuer lusage de médicaments et le nombre de visites médicales.
La faiblesse de cette étude est de ne pas avoir de groupe témoin ni aucune comparaison par rapport aux soins standard. Cependant, un effet placebo semble peu probable sur une période si prolongée. De plus, par lanalyse des résultats distinguant les bons répondeurs des mauvais répondeurs à lhypnose, les sujets classés « mauvais répondeurs » nont montré aucune amélioration des symptômes au fil du temps. Cela rend improbable le fait que lamélioration des symptômes dans le groupe « bons répondeurs » soit en rapport avec lévolution naturelle de la maladie. Dautre part, même sil y a eu une co-intervention chez 10 % des répondeurs à lhypnothérapie, on ne peut pas attribuer non plus lamélioration des symptômes à cette co-intervention.
Dans le contexte de douleur fonctionnelle du côlon irritable, les objectifs sont doptimiser le traitement de la douleur. Certaines interventions non pharmacologiques, comme lhypnose, dont les effets peuvent être visualisés par limagerie cérébrale, pourraient stimuler les mécanismes internes dinhibition de la douleur. Actuellement, très peu de thérapeutes sont formés spécifiquement pour les patients atteints du syndrome du côlon irritable et il est difficile de suggérer aux patients de prendre les pages jaunes et de chercher un hypnothérapeute « au hasard » !
Lhypnothérapie est un traitement prometteur dans le syndrome du côlon irritable. Des essais cliniques randomisés sont nécessaires pour évaluer son rôle particulier et comparatif par rapport ou en association avec les traitements standard du syndrome du côlon irritable.
Références
1. Whorwell PJ, Prior A, Faragher EB.
Controlled trial of hypnotherapy in the treatment of severe refractory irritable-bowel syndrome.
Lancet, déc. 1984 ; 2(8414) : 1232-4.
2. Boyce PM, Talley NJ, Balaam B, Koloski NA, Truman G.
A randomized controlled trial of cognitive behavior therapy, relaxation training and routine clinical care for the irritable bowel syndrome.
Am J Gastroenterol, oct 2003 ; 98(10) : 2209-18.
3. Gonsalkorale WM, Houghton LA, Whorwell PJ.
Hypnotherapy in irritable bowel syndrome : A large-scale audit of a clinical service with examination of factors influencing responsiveness.
Am J Gastroenterol, avril 2002 ; 97(4) : 954-61.