La manoeuvre de Sellick



Dr Ph. Rault - Adrénaline112.org
Mis en ligne en décembre 1999

 

Définitions
Technique décrite en 1961 par Sellick BA et publiée dans le Lancet.
Elle a pour but de prévenir la régurgitation du contenu gastrique et oesophagien vers le pharynx et son inhalation bronchique et alvéolaire lors de l'induction anesthésique.
Elle doit être utilisée avec la séquence
* pré-oxygénation,
* manoeuvre de Sellick,
* induction rapide par voie intraveineuse (Nesdonal® ou étomidate, Célocurine®),
* intubation trachéale et vérification de la position de la sonde d'intubation.

Théorie de la manoeuvre de Sellick
Elle consiste à appliquer une force sur le cartilage cricoïde qui va alors comprimer l'extrémité supérieure de l'oesophage contre le corps vertébral de la vertèbre cervicale sous-jacente (en général C6).
L'intensité de la force doit être d'environ 3 kg. Cette force est suffisante pour prévenir la régurgitation et met à l'abri de la rupture oesophagienne.

Pratique de la manoeuvre de Sellick
Position de la tête
L'extension de la tête permet d'étirer l'oesophage et ainsi de prévenir son déplacement latéral mais cela peut compromettre la visualisation de la glotte. Par ailleurs cette manoeuvre est contre-indiquée en cas de suspicion de lésion rachidienne cervicale.
La tête sera donc laissée en position neutre.

Sonde gastrique
Si elle est en place, aspirer le contenu gastrique.
Certains préconnisent alors de l'enlever.
D'autres pensent qu'il faut la positionner au niveau du 1/3 moyen de l'oesophage (30 cm de l'aile du nez) et laisser l'extrémité proximale ouverte.

Quand appliquer la pression
Avant la perte de conscience totale, la pression sera de l'ordre de 2 kg.
Après la perte de conscience totale, la pression sera de 3 kg et ne sera relachée qu'une fois certain de l'intubation trachéale, ballonet gonflé, auscultation pulmonaire effectuée.

Comment appliquer la pression
Maintenir le cartilage entre le pouce et le majeur, tandisque l'index appuie sur le cartilage. Ceci est réalisé par un aide.

Complications
* risque de rupture de l'oesophage
* risque de rupture du cartilage
* difficulté d'intubation si la pression est trop forte
* risque d'agravation de lésions laryngées, vertébrales et/ou cervicales pré-existantes

L'apprentisssage
* sur un mannequin
* en s'aidant d'une balance pour estimer la pression
* à l'aide d'une seringue de 50 ml, remplie d'air et obstruée à son extrémité: pour déplacer le piston juqu'au repère 38 (ml) il faut appliquer une force de 2 kg, pour atteindre 33 (ml) il faut une pression de 3 kg.

Que faire si
* si l'intubation trachéale est difficile: ne pas relacher la pression mais changer la direction de compression. Si la difficulté persiste, il faudra bien arrêter la manoeuvre.
* s'il faut ventiler, ne pas relacher la pression pendant la ventilation au masque. Si la ventilation est impossible, il faudra bien arrêter la manoeuvre.
* si régurgitation: augmenter la pression à 4 kg.
* si vomissement: diminuer la pression à 2 kg, aspirer voire intuber l'oesophage.
* si intubation impossible et ventilation impossible, appliquer les techniques de sauvetage propres à chaque structure.

Conclusions
La manoeuvre de Sellick doit être effectuée de façon correcte pour garantir son efficacité et son inocuité.
Elle nécessite un aide entrainé.
Son utilité est remise en cause, à tort me semble-t-il.
Dans l'état actuel des connaissances il n'existe pas d'argument pour son abandon lors de l'induction anesthésique à séquence rapide chez le patient présentant une suspicion d'estomac plein ce qui est (presque) toujours le cas en médecine pré-hospitalière.


Bibliographie
Sellick BA, Cricoid pressure to control regurgitation of stomach contents during induction of anesthesia. Lancet 1961; 2: 404-406
Haberer JP, La manoeuvre de Sellick. Cahiers d'anesthésiologie 1999; 47 (4): 233-237; Ed. Arnette