Pendaison- Strangulation

Dr Ph Rault - Adrénaline112.org
Mis en ligne en mars 1999
Complété en
- Avril 2001
- Avril 2002


Définition - Mécanismes
Au cours de la
pendaison, la force de striction est constituée par le poids du patient et sa répartition est inégale en fonction de la position du noeud. La pendaison est dite complète lorsque les pieds ne reposent pas sur le sol, la précipitation provoque des lésions osseuses et médullaires. La pendaison est dite incomplète lorsque les pieds reposent sur le sol, les lésions sont principalement vasculaires.
La
strangulation implique une force extérieure s'appliquant perpendiculairement à l'axe du cou.


Circonstances
La pendaison est en général un geste suicidaire surtout en milieu rural, carcéral ou psychiatrique.
"Trois modes de suicide prédominent chez les 15-24 ans : en premier lieu la pendaison (35%), les armes à feu (32%) et l'absorption de médicaments (14%). Mais le mode de suicide varie fortement selon le sexe. Si la pendaison reste le premier mode de réalisation de l'autolyse aussi bien pour les hommes (38%) que pour les femmes (26%), le suicide par armes à feu concerne plus fréquemment les hommes (3 sur 10) que les femmes (2 sur 10). Les femmes ont recours une fois sur quatre, à l'absorption de médicaments. Les chutes d'un lieu élevé représentent 1 décès sur 10. La surmortalité masculine s'observe pour tous les modes de suicide, excepté pour l'ingestion de médicaments. L'évolution des modes de suicide depuis le début des années 80 indique une augmentation du poids des suicides par pendaison quel que soit le sexe mais plus nettement pour les femmes. La part des armes à feu est restée stable pour les deux sexes."
source : BEH n°9/2000 - Institut de Veille Sanitaire - Les méthodes de suicide en France
La strangulation survient plus volontiers de manière accidentelle chez l'enfant.


Physiopathologie
Lésions cartilagineuses au niveau du larynx et de la trachée.
Obstruction plus ou moins complète des voies aériennes supérieures: base de langue contre le palais et la face postérieure du pharynx.
Lésions nerveuses du plexus brachial, du pédicule jugulo-carotidien et du nerf vague (syncope).
Occlusion des vaisseaux du cou :
- compression artérielle bilatérale lorsque le noeud est en position antérieure ou postérieure : "pendu blanc"
- compression artérielle unilatérale et veineuse lorsque le noeud est en position latérale : "pendu bleu"
L'anoxie cérébrale débute rapidement, il existe une perte de conscience immédiate. Un oedème cérébral se développe par anoxie, acidose, stase sanguine, extravasation vasculaire. Cet oedème pérénnise la souffrance cérébrale.
On observe dans 25% des cas un oédème aigu pulmonaire lésionnel.


Clinique
* le pendu est en arrêt cardio-respiratoire
l'examen clinique est réalisé en même temps que les manoeuvres de réanimation
* il n'existe pas d'arrêt cardio-respiratoire, on peut alors observer:
Faciès vultueux, cyanosé, sillon cervical visible en semi-circonférence opposé au noeud.
Le niveau de conscience est variable avec en général une réponse en décortication ou en décérébration aux stimuli douloureux. Agitation extrème avec hypertonie oppositionnelle, signes d'irritation pyramidale, myoclonies, convulsions.
Syndrome neuro-végétatif : arythmie respiratoire cardiaque et tensionnelle, sueurs profuses, hyperthermie, encombrement très fréquent.


Traitement
Sur place
Le dégagement doit se faire en évitant tout nouveau traumatisme en soutenant le corps ou en amortissant sa chute après section du lien. Même coupé le lien doit être retiré car il peut réaliser un garrot veineux coincé dans un sillon profond. Etendre la victime sur un plan dur, en respectant l'axe du rachis cervical.
* si le patient est en arrêt circulatoire et respiratoire, on entreprend le massage cardique externe et la ventilation artificielle, drogues vasoactives en fonction des données de l'ECG. La présence d'un oedème laryngé doit inciter à choisir une sonde d'intubation trachéale de diamètre inférieur au diamètre théorique.
* dans le cas contraire, injection de corticoïdes, diazépam si agitation, intubation trachéale si troubles de conscience (fréquence de l'oedème laryngé), maintient d'une hémodynamique par remplissage prudent et amines pressives si besoin.
En cas de convulsions diazépam, thiopental.
Intérêt de l'oxygénothérapie hyperbare à discuter.
Le transport
Toute victime de pendaison doit être hospitalisée.
Mise en condition :
- respect de l'axe tête-cou-tronc par minerve,
- surveillance cardio-circulatoire,
- préservation de la liberté des voies aériennes et oxygénation,
- surveillance neurologique.


Résultats
En l'absence d'arrêt cardiaque initial, 80% de guerison sans séquelle. Dans le cas contraire pronostic sombre avec séquelles neurologiques.
Ne pas oublier la recherche d'une lésion du rachis cervical, l'exploration endoscopique du larynx, le doppler des vaisseaux du cou.
Importance de la prise en charge psychologique et psychiatrique.


Le certificat de décès
Conclure à une mort par suicide a des conséquences judiciaires bien réelles. Le médecin doit avoir conscience que ce n'est pas à lui qu'il revient de statuer sur la cause suicidaire de la mort qu'il constate, mais que c'est à la justice, et principalement au procureur de la République, de le faire.
Le certificat de décès est réalisé sur un formulaire qui répond à un arrêté du 24 décembre 1996.
Sur la partie supérieure, le médecin doit indiquer :
- l'identité de la personne :en cas d'incertitude, la laisser sous X ;
- la date et l'heure de la mort : ce sont des renseignements importants, à fixer si possible au plus près. En cas d'impossibilité, il faut solliciter l'avis d'un médecin légiste;
- s'il y a ou non obstacle médico-légal : à l'inhumation, à la mise en bière immédiate, au don du corps;
- s'il y a nécessité de prélèvement en vue de rechercher la cause du décès;
- si la victime est porteuse de prothèses fonctionnant au moyen d'une pile.
Toute suspicion de suicide impose de cocher la mention "obstacle médico-légal à l'inhumation".
L'indication d'obstacle médico-légal permet au procureur de :
- diligenter une enquête de police ou de gendarmerie pour réunir témoignages et indices matériels venant compléter l'examen du médecin,
- décider d'examens médicaux complémentaires, réalisés dans la plupart des cas par un médecin légiste de façon à déterminer (ventuellement par la pratique d'une autopsie) la connaissance précise des causes de la mort.


Bibliographie
Laborie JM. Réanimation et urgences préhospitalières, p 359-363, 2000, Frison-Roche Ed.
Szmajer M., Jannière D., Pendaison - Urgences médico-chirurgicales de l'adulte, p654-657, 1991, Arnette Ed.


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