Désaturation peranesthésique
Dr Ph. Rault - adrenaline112.org
Mis en ligne en octobre 2005
Les éléments décrits dans cet article représentent un schéma diagnostique utile lors de la survenue d'une désaturation chez un patient dont on va ou dont on a déjà pris en charge le contrôle de la ventilation. On recommande de débuter lanalyse du circuit respiratoire au niveau du patient pour terminer un premier tour dinspection rapide par le respirateur.
On rappellera que la SpO2 correspond à la valeur fonctionnelle de la SaO2 appréciée au moyen dun oxymètre de pouls. Elle tire partie du principe physique selon lequel loxyhémoglobine et lhémoglobine réduite ont des spectres différents dabsorption de la lumière.
1 - Le patient
S'assurer de la présence dun murmure vésiculaire bilatéral à lauscultation pulmonaire et la présence de CO2 au niveau de lair expiré. Ces deux gestes permettent de contrôler le lien entre lalvéole et le dispositif de ventilation.
2 - Le matériel
21 - La sonde d'intubation
On recherche les évênements suivants : extubation, intubation sélective, plicature au niveau de la sonde dintubation, déconnection du dispositif de ventilation, sonde dintubation de calibre insuffisant, ballonet de sonde mal gonflé sont responsable de fuites lors du temps d'insufflation qui peuvent conduire à une hypoventilation alvéolaire.
22 - Le respirateur
Afin déliminer rapidement un problème technique lié au respirateur, la reprise à la main de la ventilation doit être systématiquement préconisée. Dans le cas où le respirateur ou son alimentation en oxygène seraient en cause, la présence dune source autonome doxygène permettra de prendre les dispositions utiles en toute tranquillité. Il faut garder à lesprit quun insufflateur manuel de type ambu permet tout de même dapporter au patient 21 % doxygène.
23 - La canule de Guédel
En cas de ventilation au masque facial, la taille de la canule oropharyngée, si elle est nécessaire, doit être choisie avec soin. Une canule trop petite peut être source dobstruction par refoulement de la langue en arrière, une canule trop longue peut aussi entraîner une désaturation par agression de la région susglottique (dème).
3 - Les voies aériennes
31 - Le laryngospasme
Si plus de 80 % des laryngospasmes peranesthésiques surviennent au cours de linduction, il peut survenir durant la période opératoire. Un défaut danalgésie ou une profondeur danesthésie inadéquate en sont souvent la cause. La stimulation des voies aériennes peutconstituer un facteur déclenchant. La prise en charge thérapeutique consiste alors à cesser toute manipulation réflexogène des voies respiratoires, la priorité étant donnée à loxygénation et à lapprofondissement de lanesthésie, seuls moyens thérapeutiques susceptibles de lever le laryngospasme dans des délais courts. La présence dune voie dabord veineuse peut permettre dadministrer un curare.
32 - Le bronchospasme
Le bronchospasme peranesthésique réalise une obstruction aiguë des voies aériennes par réduction dynamique diffuse du calibre des grosses bronches. Comme pour le laryngospasme, il convient dapprofondir lanesthésie. La priorité est à loxygénation du patient. On peut rappeler lintérêt dune instillation précoce dagents bêta2-mimétiques (salbutamol).
4 - Les alvéoles
41 - Inondation alvéolaire
Linondation alvéolaire par le contenu gastrique peut être à lorigine dune désaturation parfois retardée quand elle nest pas associée à un laryngospasme ou à un bronchospasme. Les étiologies sont multiples, mais les circonstances relativement stéréotypées : contexte danesthésie générale réalisée en urgence (patient non à jeun), survenue le plus fréquemment à linduction, pathologie chirurgicale digestive sous-jacente, contexte traumatique, pathologie neurologique avec altération de la conscience.
Le traitement est tout dabord préventif et repose sur lobservation des bonnes pratiques en matière danesthésie pour estomac plein : induction en séquence rapide avec administration de suxaméthonium (Célocurine©), manuvre de Sellick, aspiration du contenu de lestomac (préalablement ou postérieurement à lintubation). Linhalation constituée, le traitement symptomatique est à adapter à la sévérité de chaque tableau.
42 - Atélectasie
Indépendamment dune inhalation, la constitution dune atélectasie peut aussi être à lorigine de désaturation. Celle-ci résulte le plus souvent dune mauvaise position de la sonde dintubation, de la présence de bouchons muqueux, de caillots.
43 - Pneumothorax et le pneumomédiastin
Le pneumothorax et le pneumomédiastin sont de survenue plus rare. Le diagnostic est clinique : bombement ou ampliation thoracique unilatérale, diminution du murmure vésiculaire, tympanisme, modifications des régimes de pressions monitorées, retentissement hémodynamique par tamponnade lors dun déplacement médiastinal. Le traitement repose sur la ponction évacuatrice à laiguille, le drainage pleural, la ventilation en oxygène pur et la réduction des pressions dinsufflation
5 - Les vaisseaux
51 - Embolie gazeuse
Lembolie gazeuse survient lors dune effraction vasculaire au niveau dun site anatomique situé plus haut que le niveau du cur. Le retentissement est proportionnel au volume de gaz qui passe dans la circulation veineuse. Lexistence dun foramen ovale perméable peut conduire à une embolie systémique potentiellement grave (vers la circulation cérébrale notamment).
52 - Embolie graisseuse
En chirurgie osseuse le ciment est peu utilisé en chirurgie pédiatrique, les emboles sont plus volontiers de nature graisseuse. Cliniquement, la triade syndromique hypopression artérielle, hypoxémie et trouble rythmique aigu est évocatrice.
En traumatologie QS
53 - Hypovolémie
Toute hypovolémie peut être associée à une chute de la saturation en oxygène. On observe souvent une diminution progressive de la FeCO2 liée à la chute du débit cardiaque et/ou une instabilité de la mesure de la SpO2. Cette hypothèse doit probablement être évoquée en première intention dans un contexte de déshydratation, mais aussi dans un contexte hémorragique. Un test de remplissage de 10 à 20 ml/kg de cristalloïde, par lamélioration rapide de la SpO2 quil entraîne, peut conforter cette hypothèse.
6 - Particularités physiologiques de l'enfant
La valeur de SpO2 chez le nouveau-né nest pas perturbée par la prédominance de lhémoglobine ftale qui présente un spectre dabsorption similaire à celui de lhémoglobine adulte.
Une désaturation brutale chez un enfant ventilé au masque facial doit faire systématiquement évoquer le diagnostic de laryngospasme.
L'intubation sélective est de probabilité égale à droite et à gauche chez le petit enfant
Lenfant se caractérise par une grande vitesse de dégradation de la situation : sa grande consommation dO2 (VO2) relative et sa plus petite capacité résiduelle fonctionnelle (CRF) rapportée au poids en sont les deux causes principales. Une pratique régulière de lanesthésie pédiatrique ne peut que constituer un plus dans ce type de situation.
61 - Lespace mort
Compte tenu de la faible valeur du volume courant, lespace mort peut représenter près du tiers de celui-ci. En ventilation contrôlée, le rapport espace mort/volume courant est susceptible daugmenter pour des raisons techniques (valves, appareillage, etc.). Afin dassurer la ventilation alvéolaire adéquate, du fait de contraintes mécaniques limitant le volume courant (compliance moindre relativement à celle de ladulte, avec augmentation relative des forces élastiques de rétraction), la fréquence respiratoire est le plus souvent élevée.
62 - Les réserves en oxygène
La capacité résiduelle fonctionnelle (CRF) est dautant plus réduite que lenfant est jeune : la CRF est corrélée positivement au poids et à lâge. On rapporte des valeurs proches de 17 +/- 4 ml/kg avant un an contre des valeurs de 24 +/- 6 ml/kg après un an .
Paramètre 1 sem 1 an 3 ans 5 ans 8 ans 12 ans Taille (cm) 48 75 96 109 130 150 Poids (kg) 3,3 10 15 18 26 39 CRF (ml) 75 263 532 660 1174 1855 CRF (ml/kg) 17 - 25 26 37 36 46 48 CV (ml) 100 475 910 1100 1855 2830 VT (ml) 17 78 112 130 180 260 VT (ml/kg) 6 7,5 7,5 7,5 7 6,5 Fréquence 30 24 22 20 18 16CV : capacité vitale
63 - La consommation dO2 (VO2)
Elle est de lordre de 4,6 ml/kg/mn à la naissance, augmente chez le nourrisson à 10 - 14 ml/kg/mn, puis diminue pendant lenfance. Pour mémoire, rapportées au poids, les valeurs de VO2 chez ladulte sont de lordre de 3 à 4 ml/kg/mn. Afin de pouvoir sadapter à cette situation, la ventilation alvéolaire relative est plus importante chez le jeune enfant : environ 100 à 150 ml/kg/mn contre 60 ml/kg/mn chez ladulte.
Conclusion
Une analyse systématique et rigoureuse de la chaîne ventilatoire simpose dans tous les cas car elle permet de résoudre rapidement l'orignine d'une désaturation.
Bibliographie
JEGOO., WODEY E.
Désaturation peropératoire chez lenfant
Site web JEPU, www.jepu.net