Oxygénothérapie hyperbare (OHB)
Principes d'action
Bases physiopathologiques
Indications
Dr Ph. Rault - www.adrenaline112.org
Mis en ligne en avril 2002
1 - Définition
Méthode thérapeutique qui consiste à faire inhaler de l'O2 à un patient placé dans une enceinte étanche dont la pression est supérieure à la pression atmosphérique.
2 - Historique
Première chambre hyperbare en 1662 à Londres
Premier caisson au Canada en 1860
Toxicité neurologique de l'oxygène, rôle de l'azote dans l'accident de décompression par Paul Bert en 1878
Traitement des accidents de décompression par OHB, Dräger en 1937
3 - Bases physiologiques de l'OHB
31 - Définition de la pression
Résultante des forces dues aux chocs des molécules, P = force/surface
32 - Unités de mesure
La pression est exprimée :
- par référence au vide, ATA ou atmosphères absolus
- par référence à la pression ambiante locale, pression relative en bars ou mètres d'eau
En plongée : pression absolue = pression hydrostatique + pression atmosphérique (1 ATA au niveau de la mer) donc 2.5 ATA est la pression qui règne à 15 mètres de profondeur en eau de mer soit 1.5 bars.
La pression diminue avec l'altitude
33 - Mode d'action de l'OHB
311 - Augmentation de la pression barométrique
Loi de Boyle Mariotte : à température constante, il existe une relation entre le volume (V) d'un gaz et la pression (P) telle que PV = nRt = constante. La densité du gaz augmente quand la pression augmente.
332 - Augmentation de la pression partielle en O2 (PpO2)
Loi de Henry : à température constante, la quantité de gaz dissous à la saturation dans un liquide est proportionnelle à la pression partielle (Pp) du gaz à la surface du liquide.
Loi de Dalton : à température donnée, la pression partielle exercée par un gaz dans un mélange équivaut à celle qu'il exercerait s'il occupait seul le volume total du mélange : Pp = P x %gaz
A 70 m -> 8 ATA soit pour l'oxygène 0,21 x 8 = 1,68 bar soit la limite pour la toxicité O2 (caisson au sec 2,8 bar)
La diffusion
Correspond à la migration des molécules des hautes vers les basses pressions.
La vitesse de diffusion est
- proportionnelle à la surface,
- proportionnelle au gradient de pression,
- inversement proportionnelle au poids moléculaire.
La diffusion s'arrête quand l'équilibre est atteint entre les 2 milieux.
La saturation
La saturation d'un liquide par un gaz est la quantité maximale de gaz que ce liquide peut dissoudre à température et pression constantes. La période est le temps au bout duquel la quantité de gaz dissout est égale à la moitié de la quantité totale dissoute à saturation.
La vitesse de saturation p = P (1-e-kt)
Contenu sanguin en O2 CaO2 = 1,34 x Hb x SatHb + 0,0031 x PaO2 en ml d'O2 par 100 ml de sang
4 - Les effets de l'OHB
41 - Diminution de la taille des bulles de gaz pathogènes
L'OHB est donc utilisable dans l'embolie gazeuse et les accidents de décompression
42 - Augmentation de l'oxygène dissout
* Amélioration du transport de l'O2
* Action anti-infectieuse
- directe : bactériostatique sur les germes anaérobies, bactéricide sur l'ensemble des germes par l'action des radicaux libres
- indirecte : potentialisation de la phagocytose des polynucléaires neutrophiles, augmentation de la CMI de certains ATB (aminosides, fluoroquinolones, vancomycine)
* Effets circulatoires
Vasoconstriction d'où l'effet anti-oedémateux sur le cerveau (avec diminution de la PIC), sur les loges musculaires, amélioration de la déformabilité des GR
* Effets sur la cicatrisation
- augmentation de la synthèse du collagène
- augmentation de la synthèse des fibroblastes
- augmentation de l'angiogénèse
- prolifération épithéliale
5 - Les indications en urgence de l'oxygénothérapie hyperbare
* Pour pouvoir prendre en charge des patients en urgence, la ou les chambres hyperbares doivent se trouver dans ou à proximité immédiate du service d'Urgence et de Réanimation de l'Hôpital.
* La technique doit être suffisamment maîtrisée pour que l'éventualité d'accidents n'interfère pas avec la décision d'indication d'oxygénothérapie hyperbare.
* L'oxygénothérapie hyperbare s'inscrit dans un continuum thérapeutique sans rupture de la chaîne de soins. Elle ne peut être isolée.
* L'oxygénothérapie hyperbare doit comprendre l'administration d'oxygène à une pression supérieure ou égale à 2 ATA pendant un temps supérieur ou égal à 60 minutes.
51 - Intoxication à l'oxyde de carbone
* Les intoxications par l'oxyde de carbone doivent bénéficier d'une oxygénothérapie normobare comme mesure de première urgence (recommandation de type 1).
* Les intoxications à l'oxyde de carbone se présentant avec un trouble de la conscience, des signes cliniques neurologiques, cardiaques, respiratoires ou psychiques ou doivent bénéficier d'une oxygénothérapie hyperbare quel que soit le taux de carboxyhémoglobine (recommandation de type 1).
* La femme enceinte doit bénéficier d'oxygénothérapie hyperbare quels que soient sa symptomatologie clinique et son taux de carboxyhémoglobine (recommandation de type 1).
* Dans les intoxications mineures, il existe un choix entre l'oxygène normobare pendant au moins 12 heures et l'OHB. Dans l'attente des résultats des études randomisées l'oxygénothérapie hyperbare reste optionnelle (recommandation de type 3).
52 - Embolie gazeuse
Dans le traitement de l'embolie gazeuse quelle qu'en soit sa symptomatologie, l'utilisation de l'oxygénothérapie hyperbare est fortement recommandée. La pression minimale à utiliser est égale ou supérieure à 3 ATA (recommandation de type 1).
53 - Infections nécrosantes des parties molles à germes anaérobies ou mixtes
* Dans le traitement des infections nécrosantes à germes anaérobies ou mixtes (myonécroses, fasciites nécrosantes, cellulites, ... ) l'oxygénothérapie hyperbare est fortement recommandée. Elle doit être intégrée dans un protocole comprenant en outre une antibiothérapie et de la chirurgie (recommandation de type 1). L'ordre dans lequel doivent prendre place ces trois méthodes est fonction des patients, des possibilités opératoires comme des disponibilités d'OHB.
54 - Pathologie ischémique aiguë des tissus mous
* Dans les écrasements de membres, les syndromes de reperfusion d'origine post - traumatique, l'OHB est recommandée (recommandation de type 2).
* Dans les syndromes de reperfusion après chirurgie vasculaire, l'OHB est optionnelle (recommandation de type 3).
* Dans les greffes et lambeaux musculocutanés à vascularisation compromise, l'OHB est recommandée (recommandation de type 2)
* Dans les réimplantations de segments de membres, l'OHB est optionnelle (recommandation de type 3).
* Dans toutes ces situations, la mesure des pressions transcutanées d'oxygène est recommandée pour juger de l'indication d'OHB et pour juger de l'évolution (recommandation de type 2).
55 - Encéphalopathie post-anoxique
Dans les anoxies cérébrales, l'OHB demeure optionnelle (recommandation de type 3).
56 - Brûlures
* En cas d'association à une intoxication à l'oxyde de carbone, l'OHB est fortement recommandée (recommandation de type 1).
* En l'absence d'intoxication à l'oxyde de carbone associée, si les brûlures dépassent 20 % de la surface corporelle et que leur degré est supérieur ou égal au 2ème degré, l'OHB est non conseillée.
* Si la brûlure est inférieure à 20 % de la surface corporelle, l'utilisation de l'OHB est non conseillée.
57 - Surdités brusques
Dans les surdités brusques, l'utilisation de l'OHB, associée à d'autres mesures thérapeutiques telles l'hémodilution, est recommandée (recommandation de type 2). Cependant, l'efficacité respective de chacune de ces méthodes n'est pas actuellement précisable.
58 - Pathologie ophtalmologique
En pathologie ophtalmique, ischémique aiguë, l'utilisation de l'OHB est optionnelle (recommandation de type 3).
6 - Affections chroniques nécessitant l'OHB à titre complémentaire
61 - Dans les lésions (ulcération ou gangrène) d'origine ischémique en l'absence de lésions artérielles accessibles à la chirurgie de revascularisation ou après celle-ci
* Chez les patients diabétiques, l'utilisation de l'OHB est recommandée en cas d'Ischémie Critique Chronique définie suivant les critères de la Conférence Européenne de Consensus sur l'ischémie Critique* si les pressions transcutanées d'oxygène mesurées en hyperbarie (2,5 ATA, 100 % d'oxygène) sont supérieures à 100 mmHg (recommandation de type 2).
* Chez les patients artériosclérotiques, l'utilisation de l'oxygénothérapie hyperbare est recommandée en cas d'Ischémie Critique Chronique* si les pressions transcutanées d'oxygène mesurées en hyperbarie (2,5 ATA, 100 % d'oxygène) sont supérieures à 50 mmhg (recommandation de type 2).
*Ischémie critique chronique:
- douleurs périodiques et persistantes au repos, nécessitant de façon régulière et adéquate l'administration d'antalgiques pendant plus de deux semaines ou ulcération ou gangrène du pied et des orteils.
- avec pression systolique à la cheville < 50 mmhg chez les non diabétiques ou pression systolique aux orteils < 30 mmhg chez les diabétiques. (Second Consensus Européen sur l'ischémie critique : Circulation 1991, 84, IV, 1-26).
62 - Dans les lésions radionécrotiques
* En cas d'ostéoradionécrose, l'OHB est fortement recommandée (recommandation de type 1). Le protocole le plus souvent utilisé comprend 20 séances d'OHB avant l'intervention chirurgicale, 10 séances après.
* Dans le traitement préventif des lésions survenant après extraction dentaire, l'utilisation de l'oxygénothérapie hyperbare est fortement recommandée. (recommandation de type 1). Le protocole le plus souvent utilisé comprend 20 séances d'OHB avant les avulsions dentaires, 10 séances après l'avulsion.
* Dans les lésions de radionécrose des tissus mous, l'utilisation de l'OHB est fortement recommandée (recommandation de type 1), excepté dans les lésions intestinales de radionécrose où l'utilisation de l'OHB est optionnelle (recommandation de type 3).
* Dans les myélites radiques, l'utilisation de l'OHB est optionnelle (recommandation de type 3).
63 - Dans les ostéormyélites
* Dans l'ostéomyélite chronique réfractaire définie comme étant des lésions ostéomyélitiques persistantes après 6 semaines de traitement antibiotique bien conduit et au moins une intervention chirurgicale, l'utilisation de l'oxygénothérapie hyperbare est recommandée (recommandation de type 2).
* Dans le cas de l'ostéomyélite des os du crâne (à l'exception de la mandibule) et du sternum, l'OHB doit être débutée immédiatement, simultanément avec l'antibiothérapie et la chirurgie (recommandation de type 2).
64 - Autres indications
La sclérose en plaques et la rétinite pigmentaire ne font pas partie actuellement des indications reconnues de l'oxygénothérapie hyperbare même si des recherches sont actuellement poursuivies.
Liens web
Conférences de consensus en médecine hyperbare
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